Cher Carnet,
C’est enfin réel. J’ai passé tellement de nuits à rêver ce moment que j’ai du mal à croire qu’il est arrivé. Demain, je pars pour un voyage dont même les contes les plus fous n’osaient murmurer les détails.
Papa dit qu’il faut toujours rester lucide face à l’inconnu, mais moi, je crois que l’inconnu appelle justement ceux qui osent fermer les yeux un instant pour rêver plus grand.
Nous allons traverser la mer d’Encre. Cette barrière sombre et fascinante qui sépare notre monde des Mers de Papier.
Depuis que je suis petite, je me suis demandé pourquoi tout le monde se contentait de lire des histoires sans jamais essayer de les écrire soi-même. Mais maintenant, c’est mon tour de tenir la plume.
Mon projet n’est pas seulement de voir ce qu’il y a de l’autre côté de cet anneau d’eau sombre, dans un archipel encore en grande partie inconnue par notre civilisation. C’est surtout de comprendre ses mystères que personne n’a encore su expliquer : pourquoi des bateaux vivants choisissent-ils certains navigateurs et pas d’autres ? Quel souffle alimente vraiment leurs pages ? Pourquoi certains textes écrits sur leurs voiles les font avancer plus vite ?
Je ne veux pas seulement traverser.
Je veux découvrir, questionner, écrire.
Je veux marcher sur des plages au bord de la mer de papier et entendre le bruissement des vents qui portent les récits.
Mes espoirs ? Ils sont simples.
Je veux comprendre ce que cela signifie de laisser une empreinte sur un monde fait de mots. Je veux sentir que ce que je suis peut compter, même parmi des histoires plus grandes que moi.
À ceux qui lisent ces lignes après moi : sachez que ce carnet a été conçu pour être mon compagnon de route, mon confident et le miroir de cette aventure.
Peut-être que j’y laisserai mes peurs.
Mais j’espère surtout y capturer des éclats de lumière, des promesses de liberté et des réponses aux questions que je n’ai jamais osé poser à voix haute.
Alors, prépare-toi, cher Carnet. Les voiles vont bientôt se tendre, le monde va basculer, et moi… moi, je suis prête à écrire ce que je vais devenir.
À l’aventure !
Eleanor


